Hoka One One : avis & test

La course à pied sous toutes ses formes est un sport pratiqué par tous mais à des buts différents. Professionnel, recherche de performance, remise/maintien en forme, préparation physique, réhabilitation sportive ou perte de poids ; chacun voit en ce sport un moyen de satisfaire son organisme et son esprit. La course à pied peut être à la fois la cause de pathologies, ou le moyen de se rétablir d’une blessure. C’est un sport facile à pratiquer et qui ne demande pas obligatoirement beaucoup de moyens ou d’infrastructures. Mais faut il encore que la technologie soit en phase avec les objectifs du runner, et donc avec les contraintes transmises à l’organisme par la liaison pied/sol qui n’est rien de plus que la chaussure. Car le running est un sport en charge et comme tout sport de charge, il pourra être nocif pour l’organisme s’il est mal pratiqué ou de manière excessive.

Nous allons nous intéresser plus particulièrement à la technologie innovante proposée par Hoka One One en recherchant l’influence que ces chaussures peuvent avoir sur l’intégrité des coureurs à pied.

Hoka One One Conquest 3

La notion de micro-traumatismes en running

La course se différencie de la marche par la perte de contact avec le sol. Cette succession de sauts induit des chocs encaissés en premier lieu par les pieds. Ces contraintes représentent à chaque impact, entre 5 et 8 fois le poids du corps au niveau podal. Mais l’intensité de ces contraintes « isolées » est en deça du seuil de rupture des structures anatomiques saines mises en jeu dans la course. C’est en réalité la combinaison entre intensité et quantité de stress qui va provoquer des micro-lésions sur des tissus plus ou moins fragilisés par des facteurs divers.

Rappelons que l’on dénombre environ 800 impacts de pied au sol pour chaque kilomètre de course parcouru.

Les micro-traumatismes, provoqués par la répétitivité des contraintes, sont à différencier des macro-traumatismes dont l’intensité des contraintes va au delà de la résistance intrinsèque des tissus (des ligaments par exemple, dans le cadre d’une entorse).

A l’inverse des macro-traumatismes, les pathologies de surmenage sont multifactorielles. Elles témoignent d’un déséquilibre dans le temps, entre résistance des tissus et dose de stress mécaniques subis. Il y a une notion de fatigabilité des biomatériaux à prendre en compte dans les pathologies de surmenage. Celles dont les coureurs de tous niveaux ont tant de mal à se défaire.

Les macro-traumatismes sont parfois inévitables (un adversaire qui vous pousse, une chute…), mais il existe tout de même des moyens de prévention : travail proprioceptif, travail d’endurance pour éviter une perte de lucidité liée à la fatigue, matériel adapté.

Pour ce qui est des micro-traumatismes, la prévention tient une place essentielle pour éviter l’installation de pathologies souvent rebelles. Ici la prévention est globale et fait intervenir plusieurs thérapeutes : kiné, ostéopathe, podologue, posturologue, dentiste, diététicien… Les micro-traumatismes sont la conséquence d’une inadaptation des tissus aux contraintes qui leur sont imposées. Trois paramètres vont être fondamentaux : la fréquence, la vitesse et l’intensité des contraintes. La fréquence des contraintes dépend de la charge des entrainements et du niveau de l’athlète ; en revanche, l’intensité et la vitesse des contraintes sont variables selon le matériel utilisé (en l’occurrence les chaussures pour le runner), et la technique de course de l’athlète. Un amorti efficace verra le risque de blessure diminuer à moyen terme.

Les chaussures Hoka One One se révèlent ainsi être un moyen de prévention intéressant des micro-traumatismes du runner. Mais gare à ne pas tomber dans l’excès. En effet, une hypodensité de semelle serait désavantageuse et micro-lésionnelle. De plus, elle serait responsable d’une perte de rendement et d’une augmentation en besoins énergétiques. Au niveau mécanique, une semelle excessivement molle serait susceptible d’entrainer de gros efforts de stabilisation par réponses proprioceptives permanentes avec pour conséquences des sur-sollicitations musculotendineuses. C’est par exemple ce qui se passe lorsqu’on court sur la plage.

Lorsque le matériel utilisé est inadapté à l’organisme ou au niveau pratiquée, on parle de technopathie qui représente un facteur de risque majeur des pathologies de surmenage (la raquette chez le tennisman, les réglages vélo chez le cycliste, les chaussures chez le footballeur ou chez le runner). La technologie industrielle et les connaissances médicales permettent continument d’améliorer la compatibilité du couple sportif/matériel. Ceci a une incidence positive sur l’état de santé des sportifs mais également sur leur performance (on pense à la natation, au ski, au cyclisme mais aussi au running).

En sport comme dans la vie, tout est question d’équilibre. Un sportif irrégulier, donc non préparé, sera tout aussi vulnérable qu’un sportif ambitieux demandant l’impossible à son organisme à chaque sortie. Un tissu vivant réagit aux contraintes qui lui sont imposées. Un tissu non contraint ne verra pas le besoin de se renforcer. En revanche, un tissu régulièrement stressé va répondre aux stimulations mécaniques en se fortifiant, ceci plus ou moins vite, et dans des limites physiologiques. Lorsque l’organisme sera sollicité au delà de sescapacités à résister il va se léser. Le facteur de risque majeur dans l’apparition des pathologies de surmenage est un excès de contraintes sur des tissus mal préparés.

Les principales pathologies micro-traumatiques rencontrées chez le runner

  • Tendinopathies (appelées à tort tendinites)
  • Aponévropathies plantaires (appelées à tort aponévrosites)
  • Syndrômes tibiaux d’effort ou périostose (appelés à tort périostite)
  • Fractures de fatigue
  • Arthrose : ceci étant vrai pour une pratique du running dans des proportions démesurées, ou chez des sportifs d’un certain âge. Un coureur régulier raisonnable tirera de la course à pied des bénéfices articulaires.

Ces différentes pathologies ont un point commun : ce sont des pathologies mécaniques (et non inflammatoires, d’où l’abandon dans le milieu médical du suffixe « ite »). On retrouve une notion de fatigabilité des biomatériaux (d’où le terme de fracture de fatigue) et parfois de dégénérescence traduit par le suffixe « ose ». Cela est une donnée très importante puisqu’une chaussure de running sera efficace si sa semelle aura les qualités nécessaires pour servir de filtre, de parechoc ou plus justement d’amortisseurs des contraintes mécaniques ascendantes.

La technologie Hoka One One

Le « rockering »

Le profil incurvé des semelles Hoka permet un déroulement de pied à l’image d’une roue qui roule. Outre sur le ressenti du sportif, nous allons voir comment ce design va avoir une influence sur la biomécanique et sur la bioénergétique.

La réduction des contraintes mécaniques ascendantes lors de l’impact au sol

Plutôt que d’interminables calculs physiques pour expliquer ce phénomène, référons nous à des situations réelles dans lesquelles on retrouve ce phénomène. Par exemple, les pratiquants de Parkour ont exploité cet amorti « naturel » en exécutant une roulade à la réception d’un saut conséquent, ceci afin de limiter les contraintes articulaires verticales au moment de l’impact au sol.

 

C’est un phénomène que l’on retrouve également en VTT ou en ski « aérien » où les réceptions plates sont particulièrement violentes. Il est préférable de réceptionner en descente afin que l’énergie verticale soit dissipée en énergie cinétique représentée par le roulement des roues ou par le glissement des skis sur la neige.

C’est ce phénomène de dissipation des contraintes mécaniques ascendantes et micro-traumatisantes que permet le rockering Hoka One One, en enclenchant un déroulement du pied dès la mise en contact du pied avec le sol. Notons bien que cela est indépendant de l’amorti intrinsèque permis par la flexibilité du matériau qui constitue la semelle.

Une économie d’énergie non négligeable

L’incurvation de la semelle sur 50% de sa longueur va permettre un déroulement du pied naturel réduisant ainsi la consommation énergétique.

A masse égale, faire pivoter de 45° un corps à angle droit demande un travail de poussée plus important que de faire rouler une sphère sur un huitième de son périmètre.

Les chiffres rapportés par Hoka One One en matière d’économie d’énergie sont les suivants :

  • Sur du plat :
    • 3 à 5% de réduction énergétique ;
    • Augmentation de la foulée de 2 à 2.5% soit 5 cm
  • En montée : 8 à 18% d’économie énergétique

Une semelle « oversized »

 

L’épaisseur de la semelle est la première caractéristique qui interpelle lorsqu’on regarde pour la première fois une paire de Hoka One One. Tant pour le look atypique que cela lui confère que pour les conséquences que cela peut avoir sur les performances et sur le confort du pied. C’est cette caractéristique qui alimente les forums sur internet et qui fait le plus couler d’encre lors des débats sur les chaussures de running. Il est important de différencier épaisseur, qui est une unité de longueur, et densité, qui se mesure en asker C. En effet, une semelle peut être épaisse et rigide (chaussures compensées des femmes) ou pourrait bien être fine et molle (ce qui ne présente aucun intérêt puisque l’amorti sera très vite épuisé). Les semelles épaisses sont à tort ou à raison assimilées à des semelles hyper molles.

Les idées reçues sur les semelles Hoka

Semelle épaisse, donc molle, donc perte de rendement. Nous avons vu précédemment que le rendement été amélioré de par le dessin de la semelle, cette idée n’est donc pas valable. Il faut également s’interroger sur la restitution d’énergie. Une restitution d’énergie importante constituerait alors un atout de performance, une aide au mouvement après un temps d’amortissement (c’est le cas par exemple des combinaisons chez les haltérophiles ou des prothèses en fibres de carbone chez les athlètes amputés).

Semelle épaisse, donc risque d’entorse augmenté. Nous développerons ce point par la suite qui est discutable.

Une semelle amortissante évite les blessures. Ça n’est pas totalement faux mais attention de ne pas vulgariser cela.

Les chiffres rapportés par Hoka One One :

  • Volume d’EVA multiplié par 2.5 par rapport à une chaussure standard de running– Densité de 45-50 askC. En moyenne les semelles de trail ont une densité comprise entre 60 et 70 askC
  • Réduction des pics de choc locaux de 10 à 15%
  • 12 à 20% d’atténuation des stress mécaniques en descente

La déformabilité de l’interface terrain

 

Hoka One One Trail Mafate Speed 2

Un grip de qualité est bien évidemment indispensable pour pouvoir éviter des macro-traumatismes musculaires en rattrapant une glissade, ou les blessures liées à une chute en trail. Ce qui nous intéresse particulièrement ici, c’est la déformabilité de la surface cramponnée. Car en effet, cela va permettre une répartition des appuis même sur un terrain irrégulier ou caillouteux. Cette uniformisation des contraintes unitaires permet d’assurer une stabilité du pied, de limiter les douleurs plantaires, et d’augmenter l’efficacité de propulsion sur un terrain irrégulier ou mobile avec une plus large surface d’appui au sol. C’est exactement ce qu’on recherche lorsqu’on sous gonfle des pneus de VTT en montée sur terrain irrégulier comprenant des cailloux mobiles. En effet, si le contact du pneu avec le sol se fait exclusivement sur une pierre mobile, il n’y aura aucune adhérence. Alors, que si 50% de la surface de contact se fait sur un caillou mobile et 50% sur sol stable, on aura une propulsion plus efficace. Cette caractéristique est très intéressante puisque c’est elle qui, combinée à l’importance de la surface, sera un atout de performance de taille pour les trailers.

Encastrement du pied dans la chaussure

Cet lément important, qui s’inspire des sièges baquet des voitures de course, permettra de lutter contre les phénomènes d’entorse et les mouvements du pied par rapport à la chaussure pourvoyeur de phlyctènes.

La largeur de la semelle

 

La largeur de la semelle va, comme la caractéristique précédente, venir contrebalancer le risque de torsion relatif à la hauteur de la semelle. Cela va être un facteur protecteur à ce niveau là, mais il n’est pas un atout de précision de la semelle. Cela est un faux problème puisque la semelle va davantage pardonner une erreur de précision du pied au sol. Cette donnée est un atout pour la performance car elle va procurer un sentiment de sérénité sur des terrains très accidentés et permettra ainsi au trailer de se lâcher et de gagner quelques secondes sur les portions techniques ou descendantes. Il faut en revanche reconnaître que l’épaisseur de la semelle peut être trompeuse dans le sens cranio-caudal lors du saut d’un obstacle.

La légèreté

 

Malgré le volume des chaussures, Hoka One One a pu développer une chaussure relativement légère. Si cela a une importance pour la recherche de performance, cela n’influe pas de manière significative sur les contraintes articulaires. Cette donnée est donc annexe pour nous.

Avantages et inconvénients de la semelle Hoka One One

Le « rockering »

Avantages

Le rockering va permettre une transformation de l’énergie, relative aux contraintes ascendantes liées à l’impact du pied au sol, en énergie cinétique permettant la poursuite de la course. Ce sont ces contraintes mécaniques de compression qui vont contraindre nos systèmes musculo-squelettiques à chaque foulée, à chaque sortie. Cette énergie cinétique va faciliter le transfert d’appui postéro-antérieur réduisant ainsi la consommation énergétique.

L’augmentation de l’amplitude de foulée va induire dans des proportions modestes une épargne de nos systèmes locomoteurs en réduisant le nombre d’impact au sol.

Inconvénients

Modification des sensations lors de la course. Ceci étant un inconvénient uniquement pendant le temps d’adaptation.

La semelle

Avantages

L’amorti permis par l’épaisseur et la densité unique de la semelle Hoka One One est un moyen de réduire considérablement les contraintes musculo-squelettiques induites par l’impact du pied au sol. Cela est particulièrement intéressant en descente, ou l’amorti, assuré par la chaussure, est particulièrement important puisqu’il déchargera le travail des systèmes intrinsèques permettant l’amorti de l’énergie cinétique du corps. Cela permet ainsi de soulager notre musculature et nos tendons.

L’oversize a aussi pour qualité une adaptabilité au sol unique : la semelle va absorber, engluer les irrégularités de terrain, comme les pierres fixes, mobiles ou les racines. Cela va avoir un intérêt sur la stabilité, c’est à dire que le pied ne va pas subir les irrégularités de terrains mais il va les braver naturellement. Cela aura aussi un effet positif sur le confort du pied sur des terrains accidentés puisque les reliefs saillants seront moins ressentis au niveau plantaire (réduction des contraintes unitaires).

Le confort, d’une manière générale, sera la conséquence de cette semelle épaisse et « molle ». Il est plus agréable de courir sur une surface molle que sur du bitume.

Inconvénients

L’épaisseur de l’interface sole plantaire/surface de course va réduire l’activité des mécanorécepteurs plantaires, autrement dit, altérer la proprioception. Mais cela ne sera un problème qu’au début puisqu’au fil des courses, la proprioception va s’affiner petit à petit.

Le principal inconvénient de la semelle Hoka One One est le bras de levier de torsion dans le plan frontal.Si la chaussure présente plusieurs arguments de stabilité (largeur de la semelle, profondeur du chaussant), si une entorse de cheville se produit, on peut penser que les dégâts seront plus conséquents qu’avec des semelles plus fines. Mais d’autres paramètres sont encore à prendre en compte : la déformabilité de la semelle et du point de pivot qui va en réduisant la distance entre le point de contact et l’axe articulaire de Hencke, diminuer le bras de levier. Ceci étant, on sais depuis 1988 et les travaux de Thonnard que 30 ms suffisent à induire des lésions ligamentaires.

De ce fait, la donnée manquante pour tirer une conclusion sur cette spéculation est alors le temps de déformation de la semelle.

Interrogation

Il est cependant important de s’interroger sur la durée de vie et la robustesse d’une telle semelle, car une chaussure usée peu vite avoir sur l’organisme l’effet inverse de l’effet recherché. En effet, l’usure d’une chaussure majore les défauts morphologiques du pied pouvant avoir des répercussions tissulaires à distance.

Les principales indications des chaussures Hoka One One

Plusieurs caractéristiques des chaussures Hoka One One en font sans contestation possible un atout de taille dans la recherche de performance en running. Mais pour nous, professionnels de santé, il est intéressant de voir que ces chaussures ont un intérêt réel dans la prévention des blessures chez le runner. Loin de l’idée d’en faire une chaussure médicalisée, la technologie Hoka One One me semble particulièrement intéressante dans les cas suivants, tout en gardant l’esprit préventif :

  • chez les coureurs compétiteurs : qui dit performance, dit entrainements intensifs, dit risque de surmenage mécanique.
  • chez les coureurs occasionnels : des contraintes sur des tissus non préparés sont micro-lésionnelles.
  • chez les coureurs vétérans : pour réduire les contraintes mécaniques sur des articulation dégénératives.
  • chez les coureurs sujets aux tendinopathies et arthralgiques (douleurs de genoux, lombaires, cervicales…).
  • dans le cadre de syndromes tibiaux d’effort rebelles : l’onde de choc est provoquée par l’impact du pied au sol est le principal facteur déclenchant des
  • syndromes tibiaux d’effort (périostites).
  • chez les sportifs en pré-saison (quelque soit le sport) : La pré saison est une période propice aux pathologies de surmenages.
  • sur des terrains durs ou au contraire très accidentés.

Conclusion

La difficulté de prise en charge et d’obtention de résultats satisfaisants sur les pathologies chroniques de surmenage des runners doivent pousser à la prévention. Combien de triathlètes ont perdu des bouts de carrière à cause de syndromes tibiaux rebelles ? Quel thérapeute peut garantir aujourd’hui une guérison rapide et définitive d’une tendinopathie d’Achille chronique ? Une infinité de cas pousse à donner la priorité à la prévention : avec mise en place d’une préparation réfléchie, une cohérence entre objectif et état de santé, et avec une utilisation de matériel en phase avec les connaissances scientifiques actuelles. Hoka One One a su développer un type de chaussures original capable de répondre au besoin préventif des coureurs à pied, sans réduire leurs prétentions sportives.